L’Inde dénoncée pour ses attaques contre les minorités religieuses


Dans son rapport annuel, remis mardi 28 avril, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) accuse le gouvernement de Narendra Modi d’« attaques croissantes contre les minorités religieuses » et estime que l’Inde devrait être placée sur liste noire.

Dans son rapport annuel publié mardi 28 avril, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF, nommée par le président et le Congrès) estime que l’Inde devrait rejoindre la liste des pays considérés comme « particulièrement préoccupants » en matière de liberté religieuse.

« En 2019, les conditions de la liberté religieuse en Inde ont connu une détérioration drastique, avec des attaques croissantes contre les minorités religieuses », affirme l’USCIRF, composée de membres de tous bords politiques.

Selon l’USCIRF, le gouvernement du leader du BJP (parti nationaliste hindou) Narendra Modi, au pouvoir depuis mai 2014 et largement réélu en mai 2019, « a permis à la violence contre les minorités religieuses et leurs lieux de culte de se poursuivre dans l’impunité ».

La commission déplore aussi les « discours de haine » et les « incitations à la violence » émanant des autorités, ou en tout cas tolérés par elles. Elle cite, notamment, les propos du ministre de l’intérieur Amit Shah, qui, à la suite de la loi de citoyenneté votée par le Parlement indien en novembre dernier, a qualifié les immigrés illégaux, souvent musulmans, de « termites ».

L’USCIRF pointe également la révocation brutale de l’autonomie du Cachemire, en août 2019, obligeant depuis les près de 8 millions d’habitants, majoritairement musulmans, à vivre dans la terreur.

Avis consultatif

Si cet avis de l’USCIRF était suivi, cela exposerait l’Inde à des sanctions, faute d’amélioration de la situation. L’organisation appelle le gouvernement américain à prendre diverses mesures punitives, dont des restrictions de visas contre certains responsables indiens, ainsi qu’à soutenir financièrement des organisations civiles de lutte contre les discriminations.

Toutefois, il est peu probable que le Département d’État américain suive l’avis de cette commission qui n’est que consultatif. D’autant que le premier ministre Narendra Modi est un allié de plus en plus proche de Donald Trump, en particulier depuis la visite du président américain en Inde en février dernier.

Ce n’est pas la première fois que l’USCIRF accuse l’Inde de ne pas protéger les minorités chrétienne et musulmane et d’inciter des attaques de fondamentalistes hindous. En 2009 déjà, donc cinq ans avant l’arrivée au pouvoir du leader du BJP, la Commission sur la liberté religieuse accusait l’Inde de manière semblable.

Pour l’Inde, des commentaires « biaisés et tendancieux »

Le gouvernement indien a rejeté les commentaires « biaisés et tendancieux » de cette Commission, considérant celle-ci comme « une organisation particulièrement préoccupante et nous la traiterons ainsi », selon un communiqué du porte-parole de la diplomatie indienne, Anurag Srivastava.

Le Département d’État américain a déjà inscrit neuf pays « particulièrement préoccupants » à sa liste noire sur la liberté de religion : la Chine, l’Érythrée, l’Iran, la Birmanie, la Corée du Nord, le Pakistan, l’Arabie saoudite, le Tadjikistan et le Turkménistan.

Le Pakistan, voisin, et ennemi historique de l’Inde, y a été ajouté en 2018. La Commission a également recommandé d’inscrire sur cette liste noire le Nigeria, la Russie, la Syrie et le Vietnam.

Claire Lesegretain (avec AFP)