Le jury du prix Goncourt des lycéens 2020 a rendu son verdict mercredi 2 décembre accordant le sacre à l’ouvrage « Les impatientes » de la romancière Djaili Amadou Amal. L’écrivaine âgée de 45 ans a gagné la confiance des lycéens français à travers une œuvre littéraire dans laquelle elle met à nu, entre autres, la chosification des femmes, du Sahel au Cameroun.

« Je suis très émue. Je compte lancer un plaidoyer pour faire évoluer l’éducation des femmes et des jeunes filles ». Voilà les premières paroles lâchées mercredi 2 décembre par l’écrivaine camerounaise après l’annonce de son sacre au prix Goncourt des lycéens 2020 en France.

Des sujets sensibles séduisent des lycéens français

« Les Impatientes » de Djaili Amadou Amal revient sur les violences dont sont victimes les femmes du Sahel au Cameroun. L’auteur y cite notamment, la polygamie, le mariage précoce et forcé, de même que le viol conjugal. Ce sont ces différents sujets qui ont vivement intéressés les 2000 lycéens français auxquels ont été soumis six ouvrages littéraires. Ils devaient en choisir un qui recevrait le prix Goncourt des lycéens 2020. Parlant du livre « Les Impatiences », Clémence Nominé, la présidente du jury des lycéens, a souligné que « le jury a été sensible à son sujet fort et important. Il dénonce sans accuser. L’écriture est simple et touchante. C’est un livre subtil qui permet d’observer la question du mariage forcé par le prisme de ce témoignage émouvant. »

Le gouvernement français s’engage à promouvoir le roman de la lauréate

La cérémonie de proclamation des résultats s’est déroulée par visioconférence. Le ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Jean Michel Blanquer, qui y prenait part, a fortement félicité l’auteure des « Impatientes ». Il a salué la bravoure de celle qui s’est faite la voix des sans voix, quand on sait que la question des violences infligées aux femmes est une réalité dans plusieurs pays. « Bravo d’avoir choisi un tel thème qui va avoir autant d’impact sur les lecteurs et les lectrices. C’est une écriture sans ornement et qui permet d’interpeller les lecteurs en général et les lycéens aiment bien ça. C’est un plaisir de promouvoir ce livre dans tout le lectorat français et francophone », a relevé le Ministre.

« Les Impatientes » : récit nostalgique de l’auteure                             

 « Les Impatientes », traduction de « munyal » en peul, signifie encore les larmes de la patience. Djaili Amadou Amal relate dans cette œuvre une partie de sa vie et notamment les douleurs de sa jeunesse. Elle est donnée en mariage à l’âge de 17 ans, contre sa volonté, à un monsieur beaucoup plus âgé qu’elle, de surcroît marié à une autre femme. Dans son ouvrage justement, elle relate l’histoire d’une jeune fille de 17 ans, Ramla, arrachée à son amour pour être mariée à l’époux d’une autre. D’où le titre « Munyal », les larmes de la patience. Ce même livre qui a séduit les lycéens français n’a pas reçu le prix Goncourt 2020 le 30 novembre. Le Goncourt a été décroché par le Français Hervé le Tellier grâce à son livre « L’Anomalie ».

Djaili Amadou Amal milite pour l’émancipation de la femme. Elle est à la tête de l’Association Femmes du Sahel. Finaliste du prix Goncourt 2020 et lauréate du même prix chez les lycéens, son livre « Les Impatientes » lui a valu en 2019 le prix orange du livre en Afrique.

Zenabou Ndocki