Loi de bioéthique, les évêques maintiennent leur mise en garde


Alors que l’examen en deuxième lecture du projet de révision de la loi de bioéthique à l’Assemblée nationale a débuté lundi 27 juillet, de nombreux évêques expriment leurs inquiétudes.

« On ne touche pas impunément au droit de la filiation ! » Dans La Croix, lundi 20 juillet, Mgr Pierre d’Ornellas,archevêque de Rennes et responsable du groupe de bioéthique de la Conférence des évêques de France (CEF), alertait, une nouvelle fois, contre les risques du projet de révision de la loi de bioéthique. Il se faisait le porte-voix de la forte et large mobilisation des évêques français.

Inquiétudes et opposition

Alors que l’examen en deuxième lecture du projet de loi, comprenant notamment l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, à l’Assemblée nationale a débuté lundi 27 juillet, l’épiscopat français maintient la pression. Ils sont, en effet, nombreux à redire leurs inquiétudes et leur opposition à ce texte qui fait l’objet de vifs débats, même si la contestation n’est, pour le moment, pas comparable à celle contre l’adoption du mariage pour les personnes de même sexe.

Outre Mgr d’Ornellas, qui a également écrit une tribune publiée dans Ouest-France, lundi 27 juillet, d’autres évêques ont pris la plume. Dans une lettre datée du 24 juillet 2020, Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, s’adresse aux parlementaires de la Charente-Maritime.

Procréation médicalement assistée

« Dans son état actuel, le texte, sur lequel les députés, puis les sénateurs, se prononceront, prévoit de priver un enfant d’un père. Avez-vous pris en considération les conséquences de cette privation sur les enfants à naître par procréation médicalement assistée sans motif médical chez un couple de femmes ou bien pour une femme seule ? interroge-t-il, en les invitant à se prononcer « en toute conscience et en toute liberté ».

Lors de l’hommage pour les quatre ans de l’assassinat du père Jacques Hamel, dimanche 26 juillet, c’est Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF qui a aussi exprimé, en présence de Gérald Darmanin, le ministre de l’intérieur, les inquiétudes des catholiques quant aux « décisions qui se préparent en matière de procréation médicalement assistée et de recherche sur les embryons humains ». Selon lui, si elles sont adoptées, ces décisions « feront avancer plus encore notre pays dans un chemin de plus en plus irrésistible qui transformera la conception d’un enfant en un acte de fabrication appuyé sur un marché. »

Même tonalité solennelle et grave pour Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais, qui a redit sur Twitter son opposition au texte. « En démocratie, l’avenir se construit sur le respect de tous, un dialogue « en raison », la volonté de servir le bien commun, écrit-il. Catimini et passage en force prennent le risque de divisions nouvelles et d’un discrédit accru de l’Institution. Que veut le législateur ? »

Membre du groupe bioéthique de la CEF, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges, a également choisi la voie des réseaux sociaux pour réaffirmer son engagement. « Dans la moiteur de l’été, laisserons-nous passer sans réagir une loi de bioéthique dont la révision met en cause les fondements de notre vie commune ? écrit-il. N’hésitez pas à prier à cette intention et à écrire à vos députés. »

« Indifférence quasi générale »

Mgr Denis Moutel, évêque de Saint-Brieuc, interpelle lui aussi les députés sur le territoire de son diocèse. « Écologie, pandémie, l’exigence de fraternité est plus grande que la toute-puissance des désirs individuels. Ne privez pas un enfant de son père », plaide-t-il. « Il n’est pas convenable de faire voter le projet de révision de la loi de bioéthique au milieu de l’été. Chers députés, merci de lire avec grande attention ce qui sera soumis au vote des élus de la Nation. Est-ce bien cela que vous voulez ? », interpelle aussi Mgr Denis Moutel.

Sur ce projet de loi, les évêques français, bien conscients de la ferme volonté de la majorité présidentielle d’aller jusqu’à son adoption, se refusent pourtant à taire leurs critiques. Dans un message publié le 23 juillet, Mgr Francis Bestion, évêque de Tulle, s’alarme qu’« une ligne rouge » soit « sur le point d’être franchie, dans une indifférence quasi générale. »

« Comme citoyen et comme évêque de l’Église catholique, j’ose en appeler à la conscience de nos députés, assure-t-il. Si une telle loi est votée, ils porteront une lourde responsabilité devant l’Histoire, pour les générations présentes et à venir. »

→ PODCAST. « Lois de bioéthique, mes jours et mes nuits à l’Assemblée nationale »

Arnaud Bevilacqua