Lourdes attend ses pèlerins avec impatience


Avec le déconfinement, le sanctuaire de Lourdes a rouvert ses portes aux pèlerins individuels. La cité mariale attend désormais avec impatience le retour des groupes de pèlerins du monde entier, indispensables à sa survie économique.

Si à Lourdes le sanctuaire marial a rouvert depuis deux semaines, la quasi-totalité des commerces des abords de l’esplanade ont encore le rideau métallique baissé, donnant triste allure à la ville malgré le ciel d’un bleu éclatant. « Et encore, tempère Mgr Olivier Ribadeau Dumas, recteur de la cité marial, il y a quelques magasins d’ouverts, ce n’était pas le cas hier. » Quant aux hôtels de la seconde ville hôtelière de France, ils ne sont que six à ne pas avoir gardé porte fermée. Dans la rue, un religieux et une religieuse cherchent désespérément un lieu où prendre un verre et se rafraîchir.

« Le sanctuaire fermé, la ville meurt », relève le recteur. Pour lui, la prière du chapelet avec le pape François retransmise en direct à la grotte de Massabielle depuis les jardins du Vatican ce samedi 30 mai doit marquer un pas important, avec la fin d’une ouverture restreinte du sanctuaire. Dans la soirée, un « chapelet aux flambeaux » est organisé, en attendant un nombre de pèlerins suffisant pour organiser les traditionnelles processions nocturnes.

Distances de sécurité

Le sanctuaire retrouve ainsi ses horaires habituels, tandis que la prière en continu des chapelains à la grotte se termine, « pour rendre le lieu à la prière des pèlerins ». Depuis le 17 mars et le début du confinement, les chapelains y ont prié à plus de 130 000 intentions confiées par des fidèles du monde entier. Des prières pour des malades, mais aussi par des malades, maintenant ainsi le lien entre Lourdes et ceux qui espèrent la guérison. Ce lien s’est aussi manifesté de manière très concrète, par l’accueil au sein de l’hospitalité Notre-Dame de six personnes de la rue atteinte du Covid-19 et qui n’avaient nulle part d’autre où être hébergées.

Depuis sa réouverture le 16 mai, le sanctuaire accueille chaque jour un peu plus de pèlerins, mais toujours en nombre limité, en raison notamment de l’interdiction de déplacement au-delà de 100 km. Pour la prière en lien direct avec le pape au Vatican, un petit demi-millier de croyants se sont retrouvés au pied de la grotte de Massabielle, tous porteurs d’un masque ou d’une visière de protection. Au sol, des cercles blancs leur indiquaient où se tenir, pour maintenir les distance de sécurité.

En communion avec le monde entier

« Le rythme reprend tout doucement, mais cela fait plaisir de revoir du monde », se réjouissent sœur Anne-Marie et sœur Marie-Yvonne. Installées à Lourdes, ces deux religieuses de l’Assomption ont longuement pu contempler depuis leurs fenêtres le sanctuaire totalement désert le temps du confinement. Pour la nuit de Pâques, elles se sont associées à la messe des chapelains célébrée dans la grotte par des signaux de lampes torches.

« D’habitude, nous sommes à touche-touche pour les grands événements, là, c’est encore loin d’être le cas », commente toutefois sœur Marie-Yvonne. Un état de fait qui n’est pas pour déplaire à Hélène, venue à Lourdes avec sa famille, d’une ville située légèrement au-delà des 100 km réglementaires. « L’ambiance est très intime, mais grâce à la liaison avec le pape et les autres sanctuaires, nous sommes en communion avec le monde », commente-t-elle.

Pas de retour à la normale avant 2021

Laura, d’origine malaisienne et installée depuis 12 ans dans la ville des Pyrénées comme hôtelière, est venue au chapelet avec son mari. « Nous sommes plein de joie, assure-t-elle, car nous voyons que la vie commence à reprendre. » Si leur établissement rouvrira ses portes le 15 juin, le carnet des réservations reste désespérément peu rempli, au moins jusqu’au mois d’août et le pèlerinage national, organisé par la famille de l’Assomption (1).

Ce rendez-vous annuel, suivi quelques jours plus tard par l’important pèlerinage du diocèse de Rome, devrait marquer le véritable retour à un rythme plus habituel du sanctuaire, même s’il est probable que peu de malades physiques pourront faire le déplacement. Mais quoi qu’il en soit, prévient Mgr Ribadeau Dumas, « le vrai retour à la normale ne devrait pas avoir lieu en 2020 ».

Xavier Le Normand, envoyé spécial à Lourdes

(1) Dont sont membres les Assomptionnistes, propriétaires du groupe Bayard, éditeur de La Croix