L’urgence de la formation dans les communautés nouvelles en Afrique


[Retour sur l’actualité] : Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou, en mission à l’École d’évangélisation « Jeunesse Lumière » en France. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

Une philosophie relativiste, ces dernières années, semble avoir pignon sur rue.

Ainsi, avec l’émergence de certaines communautés nouvelles issues du Renouveau charismatiques en Afrique, par exemple, l’on assiste quelquefois à une interprétation tendancieuse et relativiste de la religion, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer l’universalité de l’action de l’Esprit Saint.

À entendre certains leaders religieux de groupe de prière pourtant catholiques, le Christ « ne serait que » l’un des chemins possibles accéder à Dieu. À les croire, l’Esprit Saint se moquerait de la théologie trop compliquée pour le libre jaillissement des charismes. Ils estiment que l’Esprit Saint opère librement en nous par ses multiples dons et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des diplômes ou de cultiver l’esprit. À leurs yeux, la seule docilité à l’Esprit Saint suffit. Toute opération de la raison humaine, dans ce domaine, est donc interprétée comme étant une menace pour la liberté de l’effusion de l’Esprit Saint dans les cœurs.

Même si ce raisonnement semble s’imposer par l’évidence que l’Esprit Saint agit librement et totalement en des personnes, de conditions sociales aussi diverses que variées, il n’en demeure pas moins insidieux. Il est d’autant plus préoccupant qu’il suggère un rejet radical de la vigilance pastorale, pourtant prescrite par le Magistère de l’Église, non pas pour « éteindre l’Esprit », mais pour prévenir contre des dérives sectaires et abus. Dans la mesure où ceux-ci font souffrir malheureusement tout le corps entier, par manque de charité, l’Apôtre Paul recommandera cette règle : « N’éteignez pas l’Esprit, vérifiez tout, ce qui est bon, retenez-le » 1 Th 5,19.

Théologie

Or si l’on considère que la théologie est le lieu d’un discours méthodique, cohérent et rationnel sur Dieu, c’est précisément parce qu’elle prévient également contre l’erreur. Elle aide à éviter, par exemple, de prendre la partie pour le « tout » et le « tout » pour la partie comme le rappelle si merveilleusement bien l’image de l’éléphant et de l’aveugle, suggérée par le pape émérite Benoît XVI dans son ouvrage « foi, vérité et tolérance ».

Nous estimons qu’il urge de revenir à une articulation profonde entre mission et formation des leaders de communautés nouvelles dans nos jeunes Églises d’Afrique. On ne peut pas continuer à les laisser livrés à eux-mêmes dans leur légitime aspiration à annoncer Jésus-Christ par leur baptême. Cette démarche, estimons-nous, pourrait aider à cerner avec plus de précision le juste rapport du baptisé avec la finalité du service, mise en valeur par l’exercice des charismes dans l’Église. Elle peut aussi aider à prendre conscience du pouvoir souverain de l’Esprit Saint, illuminant la raison humaine – elle-même un don de Dieu – dans une démarche de contemplation des vérités de foi.

Père Serge Martin Ainadou