Le gouvernement burkinabè est en discussion avec toutes les forces de la nation pour établir sur une feuille de route sur la réconciliation nationale. Dans ce cadre, la participation de l’Église est attendue. Mgr Laurent Dabiré, évêque du diocèse de Dori (nord-est) et président de la Conférence épiscopale Burkina-Niger, s’est entretenu avec La Croix Africa.

La Croix Africa : Comment se porte aujourd’hui votre diocèse, après une période de turbulences dues aux problèmes sécuritaires et humanitaires ?

Mgr Laurent Dabiré : Depuis le premier trimestre de 2020, on a connu une accalmie hésitante, puis une recrudescence des attaques aux mois de novembre et décembre. Depuis début 2021, on voit que l’accalmie est beaucoup plus marquée, même s’il y a des incidents épisodiques. Les massacres ont cessé tout comme les déplacements massifs des populations. Il y a eu un retour timide de certains déplacés internes dans leurs sites d’origine, quand ces localités ne sont pas trop déstabilisées.

Cependant, la très forte dégradation de la sécurité dans certaines zones a empêché les populations déplacées d’y retourner. Ces populations sont donc dans des zones d’accueil, dans les centres-villes. La situation n’est pas tout à fait normale, mais la vie est là. Un catéchiste reste sur place pour entretenir la communauté. Le climat général est la détente, mais avec la préoccupation que d’autres attaques surviennent. On continue de fonctionner, avec discrétion et l’Église est encore présente. Elle est acceptée par les musulmans et il y a une bonne collaboration entre chrétiens et musulmans.

Quels sont les défis de l’Église du Burkina Faso en cette année 2021 ?

Mgr Laurent Dabiré : Ce sont les défis de la sécurité, de la pastorale et de la protection des agents pastoraux. Il y a les défis humanitaires, surtout toutes ces personnes déplacées à accueillir, à loger, nourrir et la scolarisation des enfants. En outre, l’Église fait face au défi d’auto-prise en charge des diocèses. À cela s’ajoute la formation des futurs prêtres, mais aussi le défi de l’Église-famille, c’est-à-dire faire face à la cohésion sociale en tant que communauté de foi, afin d’impacter notre société.

La pandémie du coronavirus, la question du vaccin – sur laquelle l’Église doit se prononcer dans un futur proche – mais aussi la problématique de la santé sexuelle et reproductive constituent d’autres défis pour l’Église au Burkina Faso.

Comment l’Église compte-t-elle contribuer au chantier de la réconciliation nationale lancé par le gouvernement ?

Mgr Laurent Dabiré : La définition que l’Église a de la réconciliation, c’est la reconnaissance des torts et le pardon accordé par ceux qui ont subi les conséquences de ces actes. Aucune société ne peut se passer de la réconciliation. C’est le pardon qui permet de continuer la route, au-delà des conflits, car l’histoire ne doit pas s’arrêter à la mésentente. La réconciliation est vitale, fondamentale et permanente. C’est une question de sincérité, de vérité, de justice et de miséricorde. Il ne faut pas donner le nom de réconciliation à un arrangement où personne n’est fautif et où personne ne demande pardon à son prochain pour les torts subis. Il va falloir vider un certain nombre de passifs. Nous ne pouvons pas nous réconcilier sans nous expliquer entre nous. Pour la réconciliation, l’Église n’a rien contre le retour d’un Burkinabè dans son pays. En outre, il ne s’agit pas de faire revenir des gens pour leur taper dessus.

La nation est consciente que la réconciliation devra commencer à la base, dans les communautés, en remontant vers le niveau plus haut. Le pays va se réconcilier avec lui-même, à travers le développement partagé, à travers le recouvrement des valeurs de probité et d’intégrité.

L’on ne doit pas continuer à ruminer indéfiniment les rancœurs. Il faut que les Burkinabè retrouvent un bon cœur. C’est la mission de l’Église qui veut y contribuer à travers l’accompagnement des populations. L’Église entend mettre à la disposition de l’État des personnes-ressources, du matériel, en donnant une tribune aux gens pour leur permettre de s’exprimer. L’Église veut continuer à maintenir les gens dans la dignité, la solidarité. À travers son rôle de visionnaire et prophétique, l’Église veut se mettre au service de la société.

Reccueilli par Kamboissoa Samboé (Ouagadougou)