Des manifestations ont eu lieu dans les rues d’Abuja, la capitale nigériane lundi 24 mai pour dénoncer les enlèvements et extorsion de fonds perpétrés sur les populations nigérianes par des « bandits armés ». Mi-mai, l’épiscopat nigérian s’était, pour la énième fois, insurgé contre l’inaction du gouvernement face à l’insécurité grandissante.

Des centaines de personnes ont marché sur l’axe reliant Abuja, la capitale (centre) et Kaduna (nord) le 24 mai pour dénoncer les enlèvements qui ne cessent de se multiplier au Nigeria depuis une demi-douzaine d’années. « Nous sommes profondément préoccupés en tant qu’évêques par la violence, l’insécurité et la peur qui règnent dans différentes parties de notre pays », s’étaient d’ailleurs alarmés, mi-mai, les évêques de la province ecclésiastique d’Onitsha et d’Owerri, dans le sud du pays.

Ces dernières semaines, l’on note une recrudescence des enlèvements de citoyens nigérians par des ravisseurs armés qui exigent ensuite le versement d’une rançon. Ces enlèvements touchent d’une manière particulière les religieux chrétiens mais également les laïcs et, tout récemment, des fidèles musulmans dans leur lieu de culte.

Enlèvements, tueries

Le 20 mai, deux hommes armés se sont introduits à la paroisse Saint-Vincent Ferrier à Malunfashi, dans l’État de Katsina, dans le nord du Nigeria. Ils ont ensuite enlevé les pères Joe Keke et Alphonsus Bello présents sur les lieux. Le corps sans vie du père Bello a, par la suite, été découvert. Au mois de mars, un prêtre avait été tué à Katsina-Ala, dans l’Est et un autre tué à Kaduna. En outre, depuis le 10 mai, l’on est sans nouvelles de fidèles musulmans enlevés dans leur mosquée à Katisna, dans le nord du pays. 

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Ras le bol

Ces enlèvements et meurtres ont manifestement contribué au ras-le-bol des populations nigérianes exprimé ce lundi 24 mai.

Le 1er mars 2020, les catholiques nigérians avaient déjà marché, tout de noir vêtus, pour dénoncer l’insécurité, les attaques antichrétiennes et les enlèvements de consacrés et laïcs. À cette occasion, marchant à leur tête en compagnie d’évêques, de prêtres et religieuses, l’archevêque de Benin-City et président de la Conférence épiscopale du Nigeria, Mgr Augustine Akubeze, avait expliqué que le but de la manifestation est de dénoncer « le niveau élevé d’insécurité dans chaque partie du Nigeria ». « Nous protestons contre le meurtre brutal de Nigérians innocents par Boko Haram et des bergers terroristes, avait-il précisé. Nous sommes réunis pour pleurer les femmes, les enfants, les bébés et les hommes qui ont été tués par les terroristes. »

Au cours de l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion de la Pentecôte, dimanche 23 mai, Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja, a dénoncé les enlèvements et meurtres qui se banalisent dans le pays le plus peuplé d’Afrique tout invoquant sur lui l’Esprit Saint.

Lucie Sarr