Pâques devant la télé, des catholiques africains racontent

Messe e Pâques célébrée par le cardinal Kutwa en direct de la télévision ivoirienne/Maxime Okambawa/Facebook
15 avril 2020 pas de commentaire

Cela fait maintenant 5 semaines que l’épidémie de Covid-19 a fait son entrée en Afrique. Au 13 avril, 12 800 cas dont 700 décès ont été enregistrés sur le continent.

Dans ce contexte, les catholiques africains, privés de célébrations liturgiques publiques pendant le Triduum pascal, ont suivi la messe à la télé.

Des évêques qui célèbrent des messes dans des cathédrales presque vides, c’est l’image qui aura marqué le Triduum pascal cette année. Avec l’épidémie de coronavirus, les célébrations liturgiques publiques sont suspendues dans presque tous les diocèses africains. Les prêtres et évêques ont dû célébrer en comité restreint et diffuser ces célébrations à la radio, à la télé et sur les réseaux sociaux pour que les fidèles participent derrière leur écran.

Abidjan

En Côte d’Ivoire, l’archevêque d’Abidjan, le cardinal Jean-Pierre Kutwa a célébré, dimanche 12 avril, la messe de Pâques en direct à la télévision nationale, la RTI 1. Il n’a pas manqué de rappeler la situation actuelle liée au Covid-19 en en tirant des leçons. « Les croyants, faute de pouvoir se retrouver dans leurs lieux de cultes habituels, sont devenus inventifs, généreux et plus responsables dans la prière », a-t-il fait remarquer avant d’ajouter plus loin « Finalement, cette pandémie implique à mon avis pour nous aujourd’hui, un retour au sens premier dans la réalisation de notre vocation d’hommes et de femmes créés à l’image de Dieu et appelés à sa ressemblance ! » Pour le cardinal Kutwa, la pandémie du coronavirus doit être l’occasion, pour tous, de changer de comportements.

Jacqueline Lasme, 53 ans, ophtalmologue, qui vit dans le quartier de la Riviera Palmeraie, dans la commune de Cocody avec son époux Rodrigue et leurs trois filles. a suivi à la télévision cette messe célébrée par l’archevêque d’Abidjan. Dans la capitale ivoirienne où le nombre de cas est passé à 638, le 14 avril, cette catholique a librement choisi, avec sa famille, le confinement presque total pour éviter tout risque de contamination par le virus. « Si même la messe qui est sacrée a pu être suspendue, cela signifie que la situation est grave et qu’il faut scrupuleusement suivre les instructions des autorités sanitaires, explique-t-elle. Il est vrai qu’un couvre-feu a été imposé et que le port du masque est presque obligatoire mais le confinement demeure la solution la plus efficace et donc mon époux et moi avons opté pour cela ».

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La famille Lasme a donc suivi les célébrations pascales à la télévision comme de nombreux catholiques ivoiriens. « Nous nous sommes habillés comme pour aller à l’église et nous avons suivi les célébrations avec la même concentration », relate Jacqueline qui confie son état d’esprit pendant cette période difficile. « Je ressens une grande faim spirituelle depuis cette épidémie, explique-t-elle. Les sacrements, le Saint-Sacrement, la présence des frères chrétiens étaient pour moi des choses tellement évidentes que je les négligeais. Je n’avais pas conscience de la grâce que représente la communion : recevoir Dieu en soi. De la grâce qu’est de pouvoir prendre, ses amis dans ses bras. La crise m’a fait prendre conscience de tout cela. Et quand l’épidémie s’éloignera, je vais tout simplement manifester un peu plus mon amour aux autres et à Dieu. En cela, la résurrection a vraiment eu lieu cette année dans ma vie. Peut-être plus que d’habitude car j’ai eu un déclic ».

Dakar

Au Sénégal, l’archevêque de Dakar, Mgr Benjamin Ndiaye a célébré la veillée pascale à la cathédrale du souvenir africain en compagnie d’une demi-douzaine de prêtres et de quelques chantres. Les fidèles eux, ont suivi la messe sur la page Facebook de l’office de communication du diocèse de Dakar (Oficom) et sur plusieurs chaînes de télévision privées du pays (DTV, 7TV, 2STV).

Dans son homélie, l’archevêque de Dakar, qui est revenu sur l’épidémie du Covid-19, a invité en venir en aide aux pauvres durement affectés par la pandémie. « II importe que personne ne se permette de s’enrichir au détriment des pauvres dans la mise en pratique d’une solidarité nationale dont le lancement a été salué par tout le monde », a-t-il notamment affirmé.

Marthe, 34 ans, vendeuse dans une librairie, a suivi les célébrations pascales sur sa tablette. Cette jeune femme célibataire est paroissienne de Ste Thérèse de Grand-Dakar, un quartier populaire de Dakar. Choriste, membre de la Légion de Marie et du Renouveau charismatique, la jeune femme passait, avant l’épidémie, le plus clair de son temps libre à la paroisse. « Cette année, c’est difficile confie-t-elle. Ma famille se trouve à Kaolack [Centre NDLR] et avec l’arrêt des déplacements entre régions, j’ai dû passer les fêtes seule, sans presque sortir de ma chambre qui est très petite. Heureusement qu’il ne fait pas en encore chaud. »

Au Sénégal, pays majoritairement musulman (plus de 90 %), l’on a coutume de partager, les vendredis et samedis saints, un repas avec les musulmans. Ce plat traditionnel à base de pâte d’arachide et de pain de singe (fruit du baobab) est appelé « Ngalakh ». C’est l’un des moments clés du Triduum pascal dans le pays. Cette année, l’épidémie a empêché ce partage, une situation que n’avait jamais vécu Marthe. « Depuis que je suis née, je n’ai jamais passé d’aussi tristes fêtes pascales, soupire-t-elle. Mais ce silence a du bon, je me suis fixé comme objectif de lire la Bible, je suis plutôt bien avancée. »

Yaoundé

À Yaoundé, la messe pascale de 9 heures de la cathédrale Notre Dame des Victoires de Yaoundé présidée par Mgr Jean Mbarga, archevêque des lieux comptait un plus de laïcs que celles du Dakar et d’Abidjan. Environ une centaine de fidèles portant des masques et tentant d’observer les mesures de distanciation anti-coronavirus ont assisté à la célébration.

C’est cette messe qu’a suivie Christian, 45 ans éboueur d’origine camerounaise vivant dans la région parisienne depuis une vingtaine d’années. « Je suis croyant mais pas spécialement pratiquant, explique ce père d’une famille de deux enfants. Cela fait quand même un bout de temps que je ne suis pas allé à l’église mais depuis le début de l’épidémie, je pense un peu plus à Dieu. Dimanche [Le 12 avril], j’ai fait l’effort de suivre la messe sur Facebook avec ma femme et mes enfants ».

La famille a passé une bonne partie de ce dimanche de confinement obligatoire en communication avec des proches au Cameroun via l’application WhatsApp. « Même si nous [les éboueurs NDLR] jouissons d’une grande reconnaissance en cette période délicate, il est aussi vrai que nous sommes particulièrement exposés, reconnaît Christian. Nos parents et amis restés au pays et qui ont vu des émissions où l’on parlait des risques de contamination ne cessent d’appeler pour prendre des nouvelles ».

Lucie Sarr

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