Plus de 1 000 responsables religieux appellent Donald Trump à renoncer aux exécutions fédérales


Près de 1 200 personnalités – principalement catholiques, mais aussi évangéliques, juives et bouddhistes – ont appelé, mardi 7 juillet, le président américain Donald Trump à renoncer à la reprise des exécutions fédérales dans le pays.

Une pétition largement relayée. Outre-Atlantique, près de 1 200 personnalités religieuses – très majoritairement chrétiennes – ont appelé, mardi 7 juillet, le président américain Donald Trump à suspendre les exécutions prévues, dès la semaine prochaine, dans le pénitencier fédéral de Terre Haute (Indiana). « Alors que notre pays se débat avec la pandémie de Covid-19, une crise économique et du racisme systématique dans le système pénal, nous devons nous concentrer sur la protection de la vie et non sur les exécutions », avancent-ils ainsi.

Parmi les signataires figurent des évêques catholiques, conformément au refus de la peine capitale par l’Église catholique, mais aussi des évangéliques, plus divisés sur la question. « En tant qu’évangélique, j’ai le cœur brisé de voir mon pays vouloir tuer à nouveau ses citoyens, nous avons déjà eu tellement de morts dans les derniers mois », a ainsi souligné Carlos Malavé, directeur exécutif de l’organisation Christian Churches Together, qui promeut l’œcuménisme entre les différentes traditions chrétiennes du pays.

Caractère électoral

Répondant aux attentes des milieux conservateurs évangéliques, base de son électorat (1), l’administration Trump avait décidé de relancer, il y a près d’un an, la pratique des exécutions fédérales, dont la dernière remonte dans le pays à 2003. Aux États-Unis – où 22 condamnés à morts ont été exécutés en 2019 sur l’ensemble du territoire –, la plupart des crimes sont en effet jugés au niveau des États, mais les tribunaux fédéraux peuvent être saisis des actes les plus graves (attentats, crimes racistes…) ou de ceux commis sur des bases militaires, entre plusieurs États ou dans des réserves amérindiennes.

Les dates des prochaines exécutions fédérales ont été annoncées le 15 juin : Daniel Lee le 13 juillet, Wesley Purkey le 15 juillet, Dustin Honken le 17 et Keith Nelson le 28 août. Tous ont été jugés et reconnus coupables de meurtres. Un ultime appel déposé auprès de la Cour Suprême avait été repoussé fin juin, et la seule possibilité de repousser ces exécutions serait désormais l’octroi d’une grâce présidentielle.

Soutiens catholiques

Mais les responsables religieux signataires de la pétition ne désespèrent pas. Une grande partie d’entre eux sont des évêques, prêtres, religieuses et religieux, rejoints par quelques pasteurs ou responsables de communautés d’autres religions (bouddhiste, juive). « J’ai signé cette pétition contre la peine de mort, avec le souci ultime du salut des âmes de toute l’humanité. Prendre la vie, qu’importe combien cela est propre ou humain, est toujours un acte de violence », a ainsi condamné Mgr Charles Thompson, archevêque d’Indianapolis, capitale de l’Indiana.

Dans le pays, nombre de catholiques américains restent toutefois favorables à la peine de mort. Lors de l’annonce de la nouvelle formule du Catéchisme de l’Église catholique, actée par le pape François en 2018 et formulant sans ambiguïté la condamnation de la peine de mort, un certain nombre de laïcs américains avaient ainsi exprimé leur désarroi. En 2015, 53 % se déclaraient favorables à la peine capitale, d’après les statistiques du Pew Research Center.

Maître de conférences en civilisation américaine à l’université de Toulon (Var), Marie Gayte souligne ainsi qu’il y a un « divorce entre les laïcs et le pape François sur cette question ». Selon elle, les milieux conservateurs catholiques américains « reprochaient déjà au pape François de semer la confusion, d’être dans le flou [avec la publication d’Amoris Laetitia, NDLR] ». Sur la question de la peine de mort ou sur d’autres positions morales, des chroniqueurs catholiques conservateurs, très populaires, « donnent des leçons au Pape, l’accusant d’avoir des positions hérétiques », précise-t-elle.

Minorité évangélique

Les signataires évangéliques qui soutiennent cette tribune ne sont qu’une minorité au sein d’une mouvance religieuse largement attachée aux valeurs conservatrices, et acquise à la politique du président Donald Trump. Cette petite frange militante – entraînée notamment par Ron Sider, figure historique des mouvements évangéliques de gauche – opposée à la peine de mort ne représenterait « qu’un peu plus de 10 % des évangéliques américains », selon la chercheuse. « Chez les évangéliques, la peine de mort, le port d’arme, le littéralisme biblique vont de pair. »

Henri Pflieger

(1) 81 % d’évangéliques blancs avaient voté pour Trump à la dernière présidentielle