Polémique sur la possible réduction des salaires des enseignants catholiques à Yaoundé


Le 21 mai, le vicaire général du diocèse de Yaoundé, père André Marie Nko’o Edjimbi a publié un communiqué dans lequel il évoque les problèmes budgétaires liés au coronavirus.

Un communiqué qui fait craindre aux enseignants catholiques de voir les revenus mensuels réduits de moitié pendant au moins trois mois.

Depuis quelques semaines, l’on ne parle, dans les cercles d’enseignants catholiques de Yaoundé, que d’une possible réduction des salaires, corollaire immédiat de la pandémie du coronavirus. Bien qu’aucune décision officielle n’ait encore été prise par l’archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Mbarga, les enseignants ont décidé de se mobiliser. « Les enseignants ont tout simplement décidé de faire pression pour qu’une telle chose ne se produise pas », explique Jean Pierre Motzoé, enseignant catholique.

Dans un communiqué datant du 21 mai et adressé à la communauté éducative catholique du diocèse de Yaoundé et qui porte sur les salaires du personnel du secrétariat à l’éducation catholique de Yaoundé (Sedy), Le père André Marie Nko’o Edjimbi, le vicaire général en charge de l’éducation évoque le contexte : « En application des mesures gouvernementales contre la propagation de la pandémie du Covid-19, les écoles et collèges catholiques ont été fermés le 17 mars 2020, occasionnant un arrêt de travail pour la plupart des personnels jusqu’à maintenant, ainsi que le non-recouvrement des scolarités etc. ». Il précise ensuite que « néanmoins le budget annuel juillet 2019-juin 2020 est bien tenu et les salaires du personnel sont régulièrement payés. »

Une récente décision gouvernementale qui pose problème

Pour le collaborateur de l’archevêque de Yaoundé dans le domaine de l’éducation, le problème qui peut conduire à une « inévitable » réduction des salaires est lié aux récentes mesures du gouvernement camerounais, qui a décidé de rallonger l’année scolaire 2019-2020. « Les récentes décisions gouvernementales fixent la reprise des cours le 1er juin 2020 pour les seules classes d’examens. L’année scolaire est donc rallongée, pour elles seulement, de juin à septembre 2020 dans les écoles primaires et les collèges. L’impact budgétaire de cette rallonge est environ un quart, voire un tiers du budget d’une année scolaire normale ».

Pour le père André marie Nko’o Edjimbi, les charges de cette période sont hors de tout budget et n’ont pas de source de financement. Il estime en outre que l’année budgétaire 2020-2021, qui va commencer en octobre 2020 ne peut pas encore financer cette rallonge.

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« Comment assurer dans ce contexte les salaires du personnel et les charges, taxes diverses et autres dépenses de fonctionnement ? Voilà la question », ajoute, dans son communiqué du 21 mai, le père André Marie Nko’o Edjimbi qui invite toute la communauté éducative de Yaoundé à la prière et à la réflexion.

Une source bien introduite au sein de la curie diocésaine précise que la solution proposée à l’archevêque de Yaoundé qui doit trancher en dernier ressort est celle de la réduction de moitié, des salaires mensuels du personnel enseignant catholique des écoles et collèges du diocèse de Yaoundé, pour les mois de mai, juin, et juillet 2020.

« Nous enseignants, n’avons pas créé la pandémie du coronavirus »

Une possibilité qui a provoqué le courroux des principaux concernés. Pour les enseignants des établissements catholiques regroupés au sein d’un collectif chargé d’ouvrir le dialogue avec les responsables du diocèse de Yaoundé, cela est inadmissible. « Il s’agit d’une injustice qui frise la méchanceté », s’insurge Clément Assiga, professeur de mathématiques au collège Saint Benoit. « Nous sommes des travailleurs normaux avec des contrats réguliers. Nous travaillons pour certains depuis 30 ans au service de l’école catholique dans le diocèse de Yaoundé. Nous enseignants, n’avons pas créé la pandémie du coronavirus. Il est assez étonnant que l’on pense à nous faire le plus grand prix des affres de cette pandémie ».

Claude Amougou Abena, lui aussi enseignant catholique de Yaoundé est tout aussi véhément. « C’est une question d’humanité » estime-t-il. « Il faut rappeler que le salaire d’un instituteur varie entre 70 000 (Un peu plus de 100 €) et 115 000 FCFA (environ 175 €) pour les anciens qui ont environ 30 ans de carrière dans l’enseignement catholique. Si on divise ces salaires de 50 %, nous aurons des salaires de 35 000 (45 €) et 60 000 (91 €) pour les anciens. Certains gagneront le salaire minimum camerounais qui est de 35 000 FCFA (53 €). Comment vivre avec de tels revenus dans un pays comme le Cameroun ? »

La question de la subvention étatique

Armelle Essomba Atoué, enseignante catholique à la maternelle, pour sa part, se pose une question : « où va la subvention de l’État camerounais à l’enseignement catholique octroyé au diocèse de Yaoundé ? ». « Nous n’avons pas encore reçu cette subvention de l’État. Et avec cette période de crise sanitaire où l’État à d’autres préoccupations, il nous faudra attendre », répond sous anonymat, un prêtre du service Éducation du diocèse de Yaoundé.
Joint au téléphone par La Croix Africa, le père André Marie Nko’o Edjimbi explique : « nous sommes à l’inspection du travail où nous avons engagé des négociations. Nous attendons les conclusions de ces négociations pour aviser ».

Jean François Channon Denwo (à Yaoundé)