Prêtre exorciste, un ministère qui ne s’improvise pas

L’Association internationale des exorcistes (AIE) a publié en mai, en italien, des « Lignes directrices pour le ministère de l’exorcisme » afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. En France, les prêtres exorcistes s’inquiètent aussi d’une augmentation de pratiques mal encadrées voire occultes.

« Beaucoup de faux exorcistes de toutes sortes profitent de la crédulité des gens. » Ce constat du père Jean-Pascal Duloisy, responsable du service de l’exorcisme d’Ile-de-France, est largement partagé. « Il n’est pas rare que des gens viennent nous trouver après avoir dépensé des fortunes auprès de pseudo-exorcistes », raconte le père Emmanuel Faure, prêtre exorciste du diocèse de Belley-Ars et membre du Bureau national des exorcistes (BNE).

Si le BNE ne possède pas de statistiques sur le nombre de faux exorcistes qui sévissent en France, une simple recherche sur Internet donne une idée de l’offre pléthorique. Avant tout parce que la demande est en plein essor.

L’influence de certains mouvements évangéliques

Pour expliquer ce phénomène, le père Duloisy met en avant « la diminution de la foi et donc du discernement pour repérer où sont les ténèbres et où est la lumière ». Un autre prêtre, formateur de prêtres exorcistes à travers la France, préférant garder l’anonymat, souligne, lui, « la banalisation et l’explosion de l’occultisme, de la magie noire et de la sorcellerie, avec des livres aisément accessibles sur Internet ou en librairie ».

Le père Faure insiste sur « l’influence de certains mouvements évangéliques pour lesquels toute blessure ou difficulté est due à un démon ». Beaucoup se laisseraient duper à cause d’« une recherche mal ajustée de bien-être ».

Afin d’aider les prêtres et laïcs accompagnateurs confrontés à des demandes parfois complexes de la part de personnes perturbées, le BNE et le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle (SNPLS) ont d’ailleurs publié en 2017, sous la plume entre autres de Bernard Maitte, prêtre du diocèse d’Aix, l’ouvrage « Protection, délivrance et guérison ».

En Italie, les mêmes questions se posent. Si bien que l’Association internationale des exorcistes (AIE), dont les membres sont majoritairement des prêtres italiens, a publié des « Lignes directrices pour le ministère de l’exorcisme, à la lumière du rituel actuel », en vue « d’éclairer sur l’action diabolique et sa libération et d’éviter de tomber dans de dangereuses tromperies et illusions », selon un communiqué de l’association.

Ce manuel, dont « la traduction française est actuellement en cours de révision à la Congrégation pour le clergé », selon le père Francesco Bamonte, exorciste du diocèse de Rome et président de l’AIE, met en garde contre les faux exorcistes. « Dans le contexte de l’Église catholique, poursuit le père Bamonte, il peut s’agir de prêtres qui, sans mandat de leur évêque et hors de sa surveillance, exercent un ministère de libération, mais aussi de laïcs, seuls ou en groupe, qui revendiquent un” charisme” pour chasser le diable. »

Or le pouvoir d’exorciser, rappelle le communiqué de l’AIE, appartient « exclusivement aux prêtres désignés par leur évêque diocésain », parce qu’il faut être mandaté par l’Église pour « ordonner aux démons, au nom de Dieu, de se retirer d’un être humain et de ne plus lui nuire. Ce n’est ni” une formule” ni” les pouvoirs” d’un prêtre qui détermine l’efficacité du rituel d’exorcisme, mais la puissance du Christ agissante à travers l’Église. »

Apte au discernement

Si ce ministère d’exorcisme ne peut être exercé que par des prêtres désignés, c’est aussi parce qu’il ne consiste pas seulement en des récitations de prières, mais nécessite « le discernement et l’accompagnement des fidèles tourmentés par le diable », qui sont des tâches pastorales « essentielles ». Enfin, un évêque qui nomme un prêtre exorciste pour son diocèse – ce qui est canoniquement obligatoire -, doit s’assurer que ce prêtre a reçu « une préparation spécifique qui le rend plus apte que quiconque au discernement d’une action diabolique extraordinaire ».

Sur ce dernier point cependant, des efforts restent à faire. « À la différence de l’Italie où l’AIE propose des formations continues et sérieuses, en France, il n’en existe pratiquement pas, si bien que les prêtres exorcistes qui débutent sont souvent très démunis », regrette le prêtre formateur, qui appelle notamment l’épiscopat français à s’emparer sans tarder de cette question.


Une association internationale des exorcistes

Fondée en 1991 par le père Gabriele Amorth, ancien exorciste du Vatican et du diocèse de Rome, l’Association internationale des exorcistes a été reconnue en 2014 par la Congrégation pour le clergé avec le soutien du pape François. Elle vise à promouvoir la formation des exorcistes, à favoriser leurs rencontres et à intégrer leur ministère dans la pastorale ecclésiale.

L’association, qui compte environ 800 membres dans le monde, a publié un long manuel de 306 pages, préfacé par le cardinal Angelo De Donatis, vicaire général pour le diocèse de Rome, intitulé « Lignes directrices pour le ministère de l’exorcisme, à la lumière du rituel actuel ». D’abord destiné aux seuls membres de l’association, il a été édité en italien et devrait l’être en français au printemps 2021.

Claire Lesegretain