Tensions politiques en RD-Congo : « qui sème le vent, récolte la tempête », rappellent les évêques


Samedi 27 juin, le Comité permanent de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a publié une déclaration dans laquelle il se prononce sur des sujets d’actualité qui font beaucoup de bruit dans le pays.

Il s’agit d’une part, d’une proposition de réforme judiciaire déposée, mardi 23 juin, par Aubin Minaku, partisan de l’ancien président Joseph Kabila et d’autre part, de la désignation, par les confessions religieuses, du président de la Commission électorale indépendante.

« Qui sème le vent, récolte la tempête », rappelle, dans un texte publié, samedi 27 juin, l’épiscopat de RD-Congo alors que le contexte politique est très tendu au sein de la coalition présidentielle plus que jamais divisée.

En effet, rien ne va plus au sein du tandem formé par le Front commun pour le Congo et le Cap pour le changement en 2019, partisans respectifs de l’ancien président Joseph Kabila et de Félix Tshisekedi, l’actuel président. En cause, une proposition de loi déposée, mardi 23 juin, par Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et partisan de l’ancien président Joseph Kabila. Ce texte rejeté par les pro-Tshisekedi et par l’opposition a été voté, samedi 27 juin, par la commission politique et administrative de l’Assemblée nationale dominée par le Front commun pour le Congo (FCC) de Kabila. Il permet au ministre de la justice de contrôler les magistrats contournant ainsi le Conseil supérieur de la magistrature. Un vote qui intervient alors le président Tshisekedi a fait du renforcement de la justice son cheval de bataille pour son mandat.

Majorité parlementaire

« Une majorité parlementaire, si légale soit-elle, perd sa légitimité quand elle est déconnectée des intérêts et du bien-être du Peuple », intervient l’épiscopat congolais dans ce débat, estimant qu’il est « inadmissible que les lois soient taillées sur mesure selon les ambitions des leaders politiques, partis ou des plateformes politiques » et que certaines personnes « montent des stratégies pour vider les Institutions d’appui à la démocratie de leur indépendance fondée sur la Constitution afin de les inféoder à leur diktat ».

En réponse à la proposition de loi sur la réforme judiciaire, des violences ont secoué Kinshasa les 23 et 24 juin. La maison de Minaku l’auteur du projet de loi et celle de Jean-Marie Kasamba, chef de la télévision privée Télé 50, un autre pro-Kabila ont été encerclées par des manifestants. Le Comité permanent de la Cenco condamne ces violences encourageant plutôt les manifestants à recourir « aux moyens légaux et pacifiques pour exprimer leurs opinions ».

Dernier épisode du feuilleton au sein de la coalition présidentielle, samedi 27 juin, le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Célestin Tunda Ya Kasende a été interpellé par la police. Une interpellation qui a provoqué un tollé dans le camp des pro-Kabila qui dénoncent une « dictature ». « Nous avons l’impression que l’on veut instaurer ici, petit à petit, une dictature plus forte que celle de Mobutu », s’est ainsi indigné Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin de Kabila à la dernière présidentielle. Pour sa part, le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, lui aussi proche de Kabila, a dénoncé un « incident grave et sans précédent » qui est « de nature à fragiliser la stabilité et le fonctionnement harmonieux des institutions, et à provoquer la démission du gouvernement ».

Désignation du président de la Céni

L’épiscopat congolais s’est par ailleurs intéressé au manque de consensus entre les confessions religieuses pour ce qui est de la désignation du président de Commission électorale indépendante. À ses yeux, il y a une « tentative des politiques de faire main basse sur cette Institution d’appui à la démocratie ». Il préconise pour éviter ce piège, une solution : « il faudrait préalablement réformer par consensus le système électoral de la RDC, particulièrement la loi électorale et celle portant organisation et fonctionnement de la Céni d’une part, avance-t-il et éviter d’aligner dans le bureau de la Céni les personnes qui, bien qu’expertes en matière électorale, ont déjà trempé dans les manipulations électorales, d’autre part ».

Les évêques congolais ont enfin enjoint les dirigeants « de chercher comment protéger la population contre les conséquences de Covid-19 plutôt que de se concentrer pour monter des stratégies, des positionnements politiques ».

Lucie Sarr