Un banquier italien emprisonné au Vatican pour extorsion


L’incarcération par la gendarmerie vaticane d’un non citoyen du petit État est un fait extrêmement rare. Elle souligne la volonté du Saint-Siège d’en finir avec une époque où il était à la merci de financiers peu scrupuleux.

Un banquier italien ayant servi d’intermédiaire au Saint-Siège dans l’acquisition d’un immeuble de luxe à Londres, a été écroué vendredi soir 5 juin par la justice vaticane, a annoncé le Saint-Siège. Gianluigi Torzi a été placé en détention à l’issue de son interrogatoire par le promoteur de justice du Tribunal de l’État de la Cité du Vatican, qui exerce les fonctions de procureur dans le petit État et qui enquête depuis l’été dernier sur les zones d’ombre de l’achat d’un immeuble situé sur Sloane Avenue, à Londres.

Accusé d’« extorsion, détournement de fonds, fraude aggravée et blanchiment d’argent », Gianluigi Torzi, désormais détenu dans des locaux de la Gendarmerie vaticane, risque jusqu’à douze ans de prison, selon le communiqué du Vatican.

Cette enquête interne avait débuté après que le Vatican a souhaité, en novembre 2018, se désengager d’un fonds d’investissement suisse de 200 millions de dollars (185 millions d’euros), la Secrétairerie d’État récupérant ainsi la gestion directe d’un immeuble londonien de 17 000 m2 lotis en une cinquantaine d’appartements de luxe où était investie une partie des sommes recueillies par la quête annuelle du Denier de Saint-Pierre, qui sert notamment au fonctionnement de la Curie romaine.

Comptes secrets et paradis fiscaux

Des malversations avaient alors été identifiées, conduisant le pape à ouvrir une enquête au cours de laquelle des perquisitions avaient été effectuées dans plusieurs bureaux du Vatican, y compris à la Secrétairerie d’État, ainsi qu’il l’avait expliqué aux journalistes lors du vol qui le ramenait de Tokyo, en novembre dernier.

Plusieurs responsables des finances vaticanes avaient alors été écartés ou, chose rare au Vatican, licenciés. L’enquête se poursuivait néanmoins autour de « laïcs proches de la Secrétairerie d’État », affirmait début mai le Corriere della Sera, avec la découverte de comptes secrets dans plusieurs paradis fiscaux.

Selon la presse italienne, le Vatican aurait pris dès 2014 une première participation dans le projet de Sloane Avenue via un fonds luxembourgeois géré par la holding de l’homme d’affaires italien Raffaele Mincione qui aurait alors réalisé une plus-value juteuse.

Retrouver la confiance des donateurs

Sa gestion financière peu avantageuse, via la Suisse et le Luxembourg, avait incité la Secrétairerie d’État à mettre fin à leur collaboration en rachetant l’ensemble de l’immeuble londonien puis à en céder le contrôle au financier italien installé à Londres, Gianluigi Torzi.

L’incarcération par la gendarmerie vaticane d’un non citoyen du petit Etat est un fait extrêmement rare. Elle souligne la volonté du Saint-Siège d’en finir avec une époque où il était à la merci de financiers peu scrupuleux. Il s’agit en effet de retrouver la confiance des donateurs, une des principales ressources du Vatican, avec les Musées, gravement touchés par la crise du Covid-19.

« La confiance se gagne par la rigueur, la clarté, la sobriété »

« Le mieux que nous puissions faire est d’être diligents et transparents », expliquait mi-mai à VaticanNews le père Juan Antonio Guerrero Alves, nouveau préfet du Secrétariat pour l’économie.

« La confiance se gagne par la rigueur, la clarté, la sobriété. Et aussi en admettant humblement les erreurs passées, afin de ne pas les répéter, et les erreurs présentes, s’il y en a », continuait-il, reconnaissant qu’« il nous est arrivé à nous aussi, par exemple, de nous reposer sur des personnes qui ne méritaient pas notre confiance. Nous sommes toujours vulnérables dans ce domaine. »

« Plus de transparence, moins de secret, rend les erreurs plus difficiles à commettre », insistait celui qui a participé à la mise en place, en début de semaine au Vatican d’un véritable Code des marchés publics traduisant la volonté du Saint-Siège de se mettre au niveau des standards internationaux comme des exigences de la doctrine sociale de l’Église.

« Investissement de veuve »

Quant à l’immeuble de Sloane Avenue, le Corriere della Sera affirme que la Secrétairerie d’État a obtenu en février un nouveau permis de construire permettant d’aménager dans cet immeuble non plus des appartements de luxe mais des bureaux.

Son objectif serait de trouver à terme un locataire pouvant payer un loyer de 12 millions de livres sterling (14 millions d’euros) ce qui permettrait de revendre l’immeuble autour de 300 millions de livres (343 millions d’euros), mais aussi de renégocier un prêt de 100 millions de livres (115 millions d’euros) actuellement à un taux de 5 % et que le Vatican espère ramener à 2-2,5 %.

Toujours selon le quotidien milanais, cela permettrait à cet immeuble londonien d’être « l’investissement de veuve » (en français, un « placement de Père de famille ») que le pape avait appelé de ses vœux lors de son retour du Japon.

Nicolas Senèze, à Rome